Enjeux démographiques et territoriaux au Japon

Vieillissement et Déclin

Le Japon est le premier pays dans l’histoire contemporaine qui doit faire face sur l’ensemble de son territoire, à une réduction de sa population assortie d’un vieillissement généralisé. En effet d’ici 2050, celle-ci doit être divisée par un quart et les personnes de plus de 50 ans représenteront plus de la moitié de la population. Des régions vont carrément se voir vider de leurs habitants. Pourquoi le pays en aie-t-il arrivé là ? Quelles conséquences et quelles réactions au sein des ministères japonais ? Quelles leçons en tirer pour les pays européens ?

S’il fallait un début pour expliquer le fonctionnement et l’évolution d’une nation, il faudrait commencer par s’intéresser aux hommes qui la composent. C’est pourquoi dans cet article, il me parait judicieux de commencer par vous présenter la question de la population. Non s’en faut car, le Japon est entré à l’aube du 21 siècle dans une crise démographique sans précédent dans lequel se côtoient deux phénomènes importants, l’allongement de l’espérance de vie due à un taux de mortalité faible ainsi un taux de natalité quasi nul, amenant sa population à un vieillissement généralisé. Si, ceci est représentatif des sociétés s’étant améliorées économiquement après la seconde guerre mondiale, la nation nippone a de quoi faire ouvrir réagir de par ses chiffres inquiétants.

Depuis le milieu des années 70, en effet, le taux de fertilité reste inférieur à 2.0. En 2005, le nombre de décès a surpassé celui des naissances. En 2008, après avoir atteint un pic de 128 millions d’habitants, la population a commencé à décroître légèrement. Huit années après, le Japon a déjà perdu près de 1 million d’habitants. Pour la première fois de son histoire, hormis durant la courte période de la seconde guerre mondiale le Japon est en train de perdre de la population. L’âge moyen d’une personne est de 46 ans, avec respectivement pour l’homme et la femme japonaise une espérance de vie de 80 et 86 ce qui en fait la plus longue espérance de vie au monde. Les courbes de prévisions qui varient suivant les hypothèses, prédisent une diminution de population de un quart pour 2050 au minimum, avec une population d’environ 95 à 100 millions d’habitants (fig. A). Durant cette même période, ils seront 40 % à avoir plus de 65 ans, c’est environ 17 % de plus que en 2010. Voilà des données assez brutes mais si elles sont comparées à d’autres pays développés, il y a de quoi s’inquiéter pour l’avenir du pays.

Pour comprendre les causes de ces chiffres alarmants, il faut se replacer au sortir de la seconde guerre mondiale, au moment où le Japon eu besoin de se reconstruire presque entièrement. Le pays sous l’égide des USA, entreprend de grands travaux, l’économie se porte bien, et les taux de natalité grimpent. Dans les années 50 et jusque la fin du baby-boom, il est de 3 à 4 enfants par couple. Progressivement il diminue, pour augmenter dans les années 70 lorsque les premiers baby-boomers, appelés en japonais (Dankai no Sesai – 団塊の世代), sont en phase de faire à leur tour des enfants. Le pays ayant connu à deux vagues de naissances que l’on peut voir sur les courbes démographiques. Il aurait dû en connaitre une troisième dans les années 90. Mais cette nouvelle génération ne fit pas à son tour plus d’enfants. Au contraire dès la fin des années 80, le taux de natalité descend et passe de 1.8 pour stagner autour les 1.4 depuis 1995. Ce chiffre indique clairement une crise de fécondité, qui est dû à un retard des mariages dans les couples ainsi qu’une incertitude économique surtout depuis la crise de 1991, provoquée par la bulle financière des années 1980. Cette dernière a aussi fait influer sur le taux de célibat qui a fortement augmenté passant la barre des 50% chez les femmes entre 25 et 29 ans depuis les années 2000. S’ajoutent à cela, l’abstinence parmi les plus jeunes générations, que de récents articles relatent par exemple via la diminution depuis trois décennies d’enfants en dessous de 14 ans représentant en 2017 à peine 12,4% de la population.[1] Tous les facteurs sont réunis pour faire accentuer le taux de mortalité et pourcentage de population vieillissante.

 

Cette évolution reste relative et est disparate suivant les régions. Dans les campagnes et les zones rurales et montagneuses, le phénomène a commencé dès la fin des années 60, et s’est accentué après l’explosion de la bulle des années 80-90. Il serait erroné de dire que ce phénomène n’a pas encore touché les villes. La plupart des villes sur la côte ouest et des deux iles voient leur habitants partir ou vieillir. A l’inverse, la mégalopole japonaise qui forme les pôles de concentrations économiques et de population, allant plus ou moins le long de la côte sud et est (de Hiroshima jusque Sendai) connaissant toujours un léger gain de population.[2]

Il devrait perdurer dans ces endroits grâce à l’exode rural et à l’attraction économique. Des prévisions plus pessimistes assurent pourtant que toutes les villes japonaises perdront de la population des 2020.

[1] http://www.japantimes.co.jp/news/2017/05/04/national/social-issues/population-children-sinks-yet-another-record-low/

[2] Pelletier P. (dir.), Atlas du Japon, Editions autrement, 2012 (2e édition)

Courbe Population
Source: [3], Seven Eleven Holdings, CORPORATE OUTLINE 2016,
Databook for Investors
Famille Japonaise, immigration et force de travail 

La Gegt distingue trois types de territoires connaissant des variations de différences de population, les pôles ruraux et industriels en proie au dépeuplement et les communes en périphérie urbaine[3]. Dans le cas des pôles, le déclin s’est fait sentir dès l’après-guerre avec les transformations agricoles, un peu plus tardivement dans les années 70, pour les zones industrielles lourdes. Dans le cas des banlieues, c’est accentué avec la bulle financière des années 80 – 90 obligeant les plus jeunes à partir en ville pour aller travailler et le vieillissement des baby-boomers, l’augmentation de l’âge de la population.

Cette migration de la campagne et surtout des banlieues vers les villes continuent d’être très importante aujourd’hui. Notamment dès l’âge de partir à l’université ou les jeunes quittent le domicile de leurs parents pour des villes en taille d’avoir des universités. Une fois après avoir terminé l’université, la plupart jeunes adultes migrent vers Tokyo, seule mégapole qui parait toujours capable d’attirer les jeunes pour offrir une diversité dans le travail tertiaire. Cette politique de regroupement a été en outre encouragée par le gouvernement. Finalement, se retrouvant dans une ville plus chère que sur le reste de l’archipel et en pleine compétitivité, avec des difficultés pour se loger, les jeunes ne peuvent pas accéder à l’espace et aux ressources nécessaires, pour se marier et avoir des enfants.

La perte de population (jinko no shukusho-人口の縮小) et l’émergence d’une société âgée (koureika shakai-高齢化社会) sont donc théoriquement deux phénomènes importants auquel le Japon doit faire face depuis quelques décennies. Avec l’inversion de la courbe de la population, et les écarts dépolarisation, les années deux mille ont annoncé l’aggravation de la problématique.

Les réactions à propos de ce phénomène ont cependant tardé à être évoquées des dans la presse nippone. Le document le plus médiatisé, même au-delà des frontières du Japon, fut celui fut celui publie en mai 2014, par Masuda Hiroya, ancien gouverneur de la province d’Iwate, maintenant représentant d’un comité compose de chercheurs politiciens et businessmans. Ce comité, créé après le grand tremblement de terre de mai 2011, cherche à renforcer la position du Japon parmi l’économie globale pour s’assurer d’un meilleur future. Le rapport (stoppu shoushika. Chihou genki senrryaku – ストップ少子化・地方元気戦略) que l’on pourrait traduire par  « Arrêtons la crise de la fécondité, proposons un plan national de revitalisation régionale », s’alarme de l’extinction des villes et des campagnes japonaises.[4] Il souligne également l’effet polarisant des villes telles Nagoya et Osaka mais surtout Tokyo ou les jeunes tentent d’immigrer. Il insiste sur le fait de relancer ainsi que de réajuster l’économie rurale au lieu de se concentrer sur la compétitivité de Tokyo.

Le papier se poursuit avec une carte indiquant les villes qui pourraient endurer une perte de la moitié de leurs jeunes femmes d’ici à 2040 et donc voire leur population disparaitre. Les prévisions se basent sur le taux de jeunes femmes de 18 à 39 ans dans chaque ville, le taux de fertilité et la balance migratoire. Une ville qui perd la moitié de ses femmes, pourrait définitivement disparaitre. Le rapport ajoute que si la dépopulation est inévitable, il doit être traité comme une maladie chronique (Mansei shikan-慢性疾患), impossible à résorber. Le plus tôt sera le mieux, mais la prise de conscience de ce phénomène doit être collective. Hiroya admet que des sacrifices sont de toutes manières nécessaires pour sélectionner et concentrer les investissements. Actuellement beaucoup de municipalités japonaises essayent d’attirer de manière pas toujours très cohérente de la population. Si dans une vision à court terme la venue de nouveaux habitants parait logique, ce qui en résulte globalement à long terme est une perte de la population à un autre endroit, les plus grandes villes tirant leur épingle du jeu.

Le rapport fait également état de la balance entre famille et travail encore trop penchée du  côté de ce dernier. Il est nécessaire pour tout travailleur de pouvoir concilier heures de travail et horaires pour consacrer plus de temps à la famille. Or c’est le contraire qui se passe depuis la crise du début des années 90 (fig C). Dû aux complications économiques mais aussi avec l’évolution des mœurs, les femmes au sein d’un couple sont de plus en plus à devoir ou vouloir travailler, ce qui implique un désengagement au sein du foyer familial et moins de temps pour éduquer des enfants. Les femmes japonaises ajoutent qu’elles préfèrent trouver un conjoint suivant la stabilité du revenu. Dans la tradition japonaise ce critère reste essentiel par exemple pour que le mariage s’effectue correctement. Cela explique en partie pourquoi le taux de célibat s’accroit aussi chez les hommes, surtout chez ceux qui vivent dans des situations précaires. Les entreprises et les conditions de travail qui en résultent jouent un rôle majeur dans les changements de population.

Le travail a pris une part si importante de la vie du travailleur japonais que les relations amoureuses sont passées souvent au second plan. Les femmes mais surtout les hommes ont recourt à des hôtesses que cela aille des relations amicales ou sexuelles. Il n’est en effet par rare surtout dans les grandes villes de louer la compagnie d’une personne afin de partager ses idées.[5] Cette pratique permet alors au travailleur de se concentrer sur sa vie professionnelle sans avoir à se soucier d’une famille au jour le jour, mais avec le risque à échéance d’accentuer le sentiment de solitude.

Si les conséquences sociales sont nombreuses, celles économiques avec la question du financement des retraites et de longévité des personnes, renforcée par des données évocatrices occupent une place prépondérante dans les débats actuels de la société japonaise. Autour de 2035, il y aura une personne active pour une inactive. La réponse par le recul de l’âge de la retraite est évoquée mais elle n’endiguera pas le phénomène. La question de la dette publique est aussi au cœur des débats. La dette intérieure s’élève à plus de deux fois de la valeur de son PIB (autour de 230% en 2015), ce qui en fait est la plus important des nations développées.[6] Et elle augmente dangereusement de jours en jours du entre autres à cause des soins pour les personnes âgées. En plus, alors que le ratio de dépendance était 1,7 de plus de 65 ans pour 10 personnes âgées entre 15 et 65 ans, il sera de 6.5 en 2040[7]. Et la charge publique pour les dépenses médicales va devenir si lourde qu’elle pourrait conduire à de futures crises.

Shinzo Abe, le premier ministre japonais conservateur, semble continuer à croire en la force de sa population. Il préfèrerait voir augmenter la proportion de femmes japonaises au travail et faire en sorte que celles-ci puissent représenter 30% d’une entreprise, travailler plus longtemps et détenir au moins 30% des postes à responsabilités au sein de l’entreprise. Le télétravail est aussi évoqué, afin de pouvoir également se consacrer à la famille, car plus d’une femme sur deux abandonne son poste à la naissance de leur premier enfant. Cette série de mesures économiques mises en place par le gouvernement Abe. Appelée communément les womanomics en référence aux abenomics, semble peut être le début d’une solution, mais reste critiquable car la femme est vue sous un angle avant tout économique

Permettre l’arrivée de vagues d’étrangers pourrait s’avérer être une des réponses logiques pour tenter d’endiguer le non-renouvellement à la fois dans la population et dans le travail japonais. Des pays comme l’Allemagne et l’Italie avec un taux de fécondité faible et une population également vieillissante, arrivent à maintenir une population et une économie stable en partie grâce à l’immigration. Le Japon reste relativement réticent à la solution d’accueil des étrangers sur son territoire qui contrairement aux autres pays développés n’a jamais mis en place de politiques conséquentes d’accueil des étrangers. Si dans les années 90, des reformes ont permis à des personnes d’origine japonaise, souvent venant du Brésil ou des USA, de pouvoir émigrer relativement facilement, elles durent tout de même se confronter à un choc des cultures et a une résistance certaine des japonais.

Pour faire face à un manque de main d’œuvre, des lois plus récentes ont aussi facilité l’accès au territoire pour des postes dans la construction ou dans les usines, avec une sécurité sociale moindre à assurer de la part des employeurs. S’adressant d’abord aux chinois, qui représentent la première communauté sur l’archipel, ils vont occuper bien souvent des postes sous-qualifiés avec peu de chance de voir leur niveau de vie s’améliorer. En outre, les métiers clefs sont encore très fermés aux étrangers : Il leur reste pour l’instant toujours impossible d’exercer des d’agriculteur ou d’aide-soignant, métiers pourtant nécessaire pour le maintien du pays.[8]  Enfin, selon Manpower, 83% des entreprises ont du mal à recruter, ce qui laisse présager un empirement des pressions sur les travailleurs présents au Japon.

Le Japon est derrière la Corée, le pays qui comporte le moins de couples avec des origines différente. La mixité culturelle est encore difficile à accepter pour une grande frange de la population, et ce depuis la période Meiji, ou le pays s’était refermé sur lui-même intégrant un sentiment fort lie à l’identité nationale. Récemment encore, Miss Japon 2015 a par exemple essuyée de nombreuses critiques sur internet à cause de sa peau métisse. La jeune femme est issue d’une union afro asiatique ce qui lui a valu le terme de hafu, littéralement « half », terme péjoratif couramment utilisé pour désigner une personne non issue d’un mariage 100% japonais.[9]

Se fait encore donc attendre la réponse par l’intégration de population étrangère qui ne représente que deux pour-cent des 127 millions d’habitants, alors que les membres de l’OCDE ont une moyenne de 12%[10]. A noter que le nombre d’étrangers habitants sur le territoire a pourtant fortement augmenté ces deux dernières décennies (72% en 20 ans), ce qui en fait un record de 2.230.000 d’habitants. Si ceci représente déjà un premier grand pas, l’office d’immigration japonaise affirme que 10 millions de migrants supplémentaires vont être nécessaires pour les 50 prochaines années à venir si le pays voulait voir sa population se stabiliser.

Quelques signes d’espoirs enfin puisque le Japon se montre généreux avec les étudiants et les chercheurs, avec une facilite d’accueil dans le pays comme l’obtention de bourses et la simplification pour obtenir des visas d’études par exemple. Des articles de presse relatent aussi des signes d’ouvertures concrets sur le monde extérieur pas uniquement pour les universitaires, grâce la possibilité pour les immigrants en Japon de suivre des stages en entreprise. Ainsi par exemple certaines zones rurales ou zones agricoles spéciales pourraient prochainement mettre en place des structures de travail pour faciliter l’accueil des étrangers dans le domaine de l’agriculture ou des soins médicaux, qui sont des secteurs dont le Japon manque cruellement de main d’œuvre.

Le problème démographique, accentué par la crise, a fait accroître le taux de pauvreté au Japon, qui est pour la plupart représenté par des travailleurs pauvres. Les revenus minimums pour ces personnes sont en plus très faibles par rapport au niveau de vie du Japon qui fait de ce pays, le plus faible de l’OCDE[11]. En outre, les entreprises sont extrêmement flexibles puisqu’elles décident du temps de travail ce qui influe sur la possibilité d’obtenir une sécurité sociale, et de pouvoir toucher une retraite le moment venu. Cela peut créer une précarité certaine au travailleur qui vie constamment avec la peur de perdre son travail. Les tendances actuelles montrent en outre que l’assurance de travailler au sein d’une même usine est de plus en plus faible.

Abe pourtant prend plutôt la direction des entreprises, en leur assurant une plus grande possibilité de ne pas garder au bout d’un certain temps ou non les employés intérimaires (qui sont d’ailleurs occupés par 60 % des femmes) et donc d’assurer une stabilité de revenu. La question du surmenage (Karōshi-過労死, littéralement mort par sur-travail) est souvent remise en question par les autorités et de plus en plus par les citoyens qui veulent que les compagnies revoient les relations vis-à-vis de leur salaries[12]. En 2017, les heures supplémentaires ont été limitées à 100 heures par mois (20 heures par semaines, pour 40 heures hebdomadaires) et les compagnies sont invitées à autoriser leurs employés à quitter leurs fonctions plus tôt chaque vendredi du mois. Appelé « Premium Friday », il entend, permettre aux bénéficiaires de passer plus de temps avec leur famille tout en faisant booster la consommation. A l’heure actuelle, à peine 3% des patrons semble s’être pris au jeu et ces mesures ne s’adressent qu’a un nombre limité de salariés. Qui plus ait, encore faut-il qu’ils aient une famille.

Le risque de voir la politique migratoire et celle des femmes fléchir au profil d’une adaptation pour les plus jeunes reste assez minimal puisque, la moyenne d’Age de l’électorat japonais a logiquement suivi celle de sa démographie. Les mesures principales qui sont appliquées sont avant tout destinées à un électorat âgé. La question de la précarité au travail et de la procréation prendrait certainement une place plus importante dans le débat politique si les jeunes faisaient entendre leur voix. Or ceux-ci tenant à voter beaucoup moins que leurs ainés. Il y a encore un travail d’éducation au sein de la société à réaliser mais qui même accompli, ne pourrait faire le poids face à une population représentée chaque année plus par le trois et quatrième âge.

Il reste donc du chemin, avant la mise en place de ses reformes cohérentes qui assureraient a tout citoyen des garanties sur la santé, un emploi stable, la prise en charge de leur enfants, notamment. Le tout en adéquation avec le problème du vieillissement de population. Voilà quelques caractéristiques clefs montrant que le Japon entre vers une phase de déclin : un taux de natalité qui ne peut assurer un renouvellement de la population, amenant celle-ci à diminuer et provoquant en retour une augmentation de la population âgée. Un changement fondamental qui est dû à une modernisation des mœurs et de l’industrie qui a des répercussions sociales, menace le financement des retraites, et va créer plus de précarité au sein des travailleurs. Enfin le gouvernent japonais compte plutôt sur une dérégulation des entreprises, et sur la force de labeur féminine, plutôt que sur l’immigration pour tenter d’endiguer le phénomène.

[3] Natacha Aveline Dubach, Vieillissement et déprise urbaine au Japon, Les nouveaux défis de l’aménagement, La documentation française, aout 2015

[4] Sophie Bunick, La « liste de la mort » : l’onde de choc médiatique provoquée par un récent rapport du Conseil japonais des politiques publiques, Japan Analysis La Lettre du Japon, Décembre 2014, n 36.

[5] Agnès Redon, « Pour échapper à la solitude, de plus en plus de Japonais louent des “amis” », Le Figaro, Septembre 2015

[6] Masazumi Watanabe, “ Japan is laden with debt, so where is its financial crisis?”, The Globe and Mail, May 2015

[7]

[8] http://www.japantimes.co.jp/news/2016/10/05/national/japan-may-let-foreigners-work-farms-provide-home-care-special-zones/

[9] Justin Mac Curry, in « ‘Haafu’ and proud: Miss World Japan won by mixed-race contestant », The Guardian, September 2016.

[10] http://www.economist.com/news/asia/21705376-begrudgingly-japan-beginning-accept-it-needs-more-immigrants-narrow-passage

[11] Organisation de coopération et de développement économique, dont font partie les états les plus développes économiquement de la planète

[12] Travail, la timide solution du gouvernement japonais face au surmenage, Courrier international, Avril 2017

 

Enjeux spatiaux nationaux pour 2050

Les études d’architecture et d’urbanisme m’ont amené a voire plus en profondeur les impacts sur le territoire. Le gouvernement Abe a créé un secrétariat en charge de définir une politique de revitalisation régionale attaché directement au cabinet du premier ministre. Le ministère de l’infrastructure du transport et du tourisme, le MLTI, a également planche sur la question. La publication « Grand Design of National Spatial Development toward 2050 » a pour but de traiter des principaux changements auxquels le pays devra faire face à savoir selon le rapport, le déclin de la société et les catastrophes naturelles. Celui-ci commence avec une carte évocatrice qui, s’appuyant sur les prévisions démographiques, compare la population entre 2010 et 2050. Les couleurs révèlent que le pays dans son ensemble va perdre entre 0 et 100 % de sa population, les aires métropolitaines figurant parmi les zones moins touchées (fig. E).

Population in The Tohoku in 2050 map
Fig. E Tableau comparatif de la population entre 2010 et 2050 dans le Tohoku et le Kanto.        Source: Gouvernement Japonais (MLTI, Ministry of Land, Infrastructure, Transport and Tourism website)

Les prérequis pour un développement spatial intelligent sont utilisés en ces termes : « concept of geographical compacification of agglomeration and networking. » On entend ici que les réseaux vont aider à intensifier les interactions entre les humains, les biens et les informations. Le développement spatial basé sur le concept de ‘’Compact and Networks’’  va faciliter le réaménagement du territoire, afin de régénérer la productivité du pays. Cela va impliquer « une révolution dans le transport et les matériaux, qui devraient faire des contraintes des distances plus légères, ce qui rendra le flux d’information, matériaux et des connaissances plus facilement ». Des stratégies de développement à une échelle régionale sont aussi soulevées. L’importance des différentes échelles de réseaux, à travers une façon plus intelligente d’utiliser les infrastructures existantes afin d’en réduire les couts est également  soulevée. Des exemples mentionnent la relance du tourisme ainsi que la remise en valeur des coutumes propres à certaines communautés.

Il apparait pour le MLIT également crucial, d’améliorer le réseau de transport en  transformant le Japon en une « super méga-région ». L’utilisation du Shinkansen est évoquée pour continuer à lier les villes entre elles. En se basant sur le modèle d’un plan de métro, le Japon espère utiliser son TGV pour lier les villes entre elles. A noter que l’idée de villes liées grâce un métro a été utilisé par OMA, dans le cadre de L’Europe du Future, in Roadmap 2050. La mise en place d’un réseau de transport est aussi importante pour maintenir une région résiliente. Le rapport rappelle par exemple les déficiences qu’ont eues les liaisons ferroviaires et routières juste après le tremblement de terre de 2011. Par la suite, avec les liaisons maritimes, elles ont été essentielles pour la relance du territoire.

Les régions, espère le gouvernement japonais, vont pouvoir, grâce au réseau plus performant établi entre les villes, pouvoir contrebalancer la concentration de population s’accumulant dans l’aire métropolitaine de Tokyo. La méga région japonaise devrait pouvoir également se connecter avec les autres pays bordant le pacifique. Ainsi, est en cours d’étude, un réseau entre le Japon et les pays du pacifique, afin de permettre au Japon de garder son leadership et d’y garder une influence certaine à long terme malgré la diminution de population. Mais la question est avant tout évoquée d’un point de vue énergétique dans l’idée de repenser un réseau de distribution d’énergie et permettre l’approvisionnement en énergies plus durables que celles du nucléaire.

En effet, une date importante a été celle du 11 mars 2011 qui a remis en question le rôle du nucléaire comme ressource principale énergétique par une partie de la population, suite aux problématiques engendrées et a une obscurité quant à la véracité des informations fournies par les organismes officiels. Pourtant même si le rapport du MLTI préconise la promotion des énergies renouvelables, le gouvernement Abe semble a priori encore favorable à une réactivation des centrales atomiques en soulignant leur faible impact environnemental : il pointe la réduction des émissions de CO2 voulu par le protocole de Kyoto, émissions qui n’ont fait qu’augmenter depuis les années nonante, excepté durant la période qui a suivi la crise de 2008. On conclura que si la catastrophe a donné des ailes aux énergies alternatives, de grands pas restent à faire pour les développer. Finalement après un changement de comportement au sein de villes plus intelligentes (smart cities), n’est-ce pas le dépeuplement lui-même qui pourrait faire baisser la consommation et les problèmes liés aux énergies ?

En conclusion, je désirais dans cet article assez brut mettre en exergue le poids et les déséquilibres que vont créer une société âgée sur le territoire japonais. Qu’il s’agisse de la question du travail, de la démographie, de la répartition des manages, de l’énergie et du domaine du territoire. Ce dernier qui m’intéresse tout particulièrement, ne peut être évoqué sans décortiquer au préalable les enjeux majeurs de l’archipel du Soleil levant d’aujourd’hui et de demain. Pour garder une place sur l’échiquier international, le Japon est prêt à sacrifier sa population au sein de la composition familiale et dans le secteur du travail. Le gouvernement cherche avant tout à maintenir un modèle de croissance économique en donnant plus de flexibilité aux entreprises au détriment de questions environnementales et sociales de base, ce qui engendre de nouveaux déséquilibres au sein des régions japonaises.

La gestion de la question est donc critiquable sur de nombreux points, mais comme l’évoque des sacrifices sur certains sujets sont parfois nécessaires. Enfin le territoire envisagé par le gouvernement suit une logique de désir de maintien du pays nippon sur la scène internationale, en espérant un approvisionnement énergétique plus durable avec une gestion encore plus précise des réseaux de transports afin de limiter les besoins et les impacts énergétiques, au sein d’une société de plus en plus fragile.

On pourra reconnaitre certaines problématiques évoquées ci-dessus parmi les pays européens, mais le japon par le caractère extrême de sa démographie, de sa gestion de ses travailleurs, de ses immigrés et de ses couples a de quoi faire cogiter les esprits occidentaux qui même si ils ne sont pas (encore) confrontés à de tels enjeux, peuvent en prendre exemple tant les questions d’isolement, de vieillissement, d’environnement se posent également en défis pour le monde de demain.

Felix Grosjean, Avril Mai 2017

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